Quelqu'un d'autre

La soirée battait son plein dans l’immense loft du 6ème arrondissement. Les invités avaient été triés sur le volet et tout se déroulait comme prévu. Les expositions de photos d’Oscar attiraient toujours beaucoup de monde et celle-ci ne dérogeait pas à la règle. Son talent était désormais reconnu parmi les amateurs de la profession. De nombreuses personnes étaient prêtes à se battre pour obtenir un de ces instants magiques saisi par l’appareil d’Oscar. Pour ma part, je trouvais les clichés d’Oscar peu intéressants et je ne m’extasiais donc pas devant son soi-disant « talent ». Ma présence ici était surtout du au magnifique buffet dressé en plein cœur de l’atelier de l’artiste. Champagne exquis et biscuits apéritifs recherchés trônaient fièrement sur l’immense table. Trois ou quatre employés de restauration s’affairaient autour afin que personne ne manque de rien. J’aimais ces soirées qui étaient souvent l’occasion de rencontrer des gens fascinants même si malheureusement j’avais rarement l’occasion de les revoir ensuite. Alors que je surveillais du coin de l’œil une magnifique jeune fille qui devait avoir une vingtaine d’année cherchant en vain à croiser son regard, mon œil s’arrêta sur un jeune homme plutôt mignon qui me regardait fixement. Il me sourit et je lui rendis son sourire avant de détourner mon regard en direction de la magnifique blonde qui décidemment ne semblait pas me remarquer. Dépité, je me rendis lentement jusqu’au buffet afin de reprendre une nouvelle coupe de champagne. C’est à ce moment là que le bel inconnu m’accosta. Il m’expliqua que lui aussi était photographe et qu’il recherchait actuellement de jeunes modèles pour une exposition qui devait avoir lieu dans le courant du mois de novembre. Un profond embarras me saisit. Evidemment, cette proposition m’allait droit au cœur mais quelque chose me poussait à décliner son offre. J’avais appris au cours de ma vie à faire confiance à mon instinct. Aussi, je décidais de refuser son offre mais, à cet instant, une sensation étrange m’envahit. Je crus alors à un de ces multiples malaises que je faisais régulièrement depuis que ma copine m’avait quitté il y a plus de six mois. Prenant congé du jeune photographe, je me dirigeai rapidement vers les toilettes. Généralement la douleur passait assez rapidement et j’espérais sincèrement que je serai de nouveau en pleine forme dans une dizaine de minutes. J’avais horreur de ces instants où je me sentais particulièrement vulnérable. Je m’assis alors sur la cuvette et fermai la porte à double tour. Je pensais à ce début de soirée. Comme d’habitude, les œuvres d’Oscar étaient dénuées de talent et j’enviais réellement son succès que je trouvais totalement infondé. L’image de la jeune fille me revint à l’esprit. Il fallait absolument que je lui parle avant la fin de la réception. Malheureusement, étant d’un naturel timide, j’osais rarement aborder les membres du sexe opposé et en particulier les jeunes filles plantureuses. L’image de mon ex me revint à l’esprit. Quelle déception quand elle m’a quitté. Je ne m’y attendais absolument pas et sous le choc, je ne me suis pas rendu compte des terribles conséquences que ça aurait sur mon quotidien. Plus rien n’avait la même saveur sans elle et, encore aujourd’hui, j’ai l’impression qu’elle me manque. Je décidais alors de chasser ces images de mon esprit et de me concentrer sur la jeune fille. Je ne savais rien sur elle. Ni son prénom, ni son âge, ni ce qu’elle faisait dans la vie. Cependant, quelque chose m’attirait irrésistiblement chez elle. Je sentais la douleur s’estomper progressivement. Je me levai et ouvris la porte. Soudain mon œil fut attiré par une photo tombée par terre. Je me baissai et saisis le cliché entre le pouce et l’index en faisant attention de ne pas l’abîmer. Je ne pus me retenir de pousser un petit cri de stupéfaction. Le sujet de l’image n’était autre que la jeune fille longiligne. Je la reconnus immédiatement. La photo semblait avoir été prise à son insu dans une rue parisienne. Je ne savais que penser de cet événement. Peut-être courait-elle un danger ? Peut-être était-elle la cible d’un psychopathe ? Je chassais alors ces visions pessimistes de mon imagination. J’avais horreur de ce genre de pensées et je luttais contre elles chaque fois que mon cerveau me jouait des tours. Je pris alors mon courage à deux mains et partit en direction de la grande salle d’un pas décidé après avoir glissé la photo dans la poche intérieure de ma veste.

Anne, c’était comme ça qu’elle s’appelait, était là, appuyé à un immense pilier. Elle était en pleine discussion avec un invité relativement âgé. D’ici, on aurait dit un ange. Peut-être étais-je victime de ce que l’on appelle communément un coup de foudre ?

Un coup de foudre comme dans les livres !

Un coup de foudre comme dans les films !

Un coup de foudre comme dans les chansons de variétés !

Soudain, alors que mon esprit continuait de vagabonder amoureusement et d’imaginer des scénarios irréalisables, son visage se tourna vers moi et se fendit d’un large sourire. Je vacillai ! Mon corps fut traversé par un frisson et se figea instantanément ! Je n’avais jamais été aussi impressionné de toute ma vie. Je repensais à la photo et je me demandais qui pouvait en vouloir à une aussi jolie fille. Je la vis alors couper court à la conversation avec son mystérieux interlocuteur et se diriger vers moi. A peine m’avait-elle salué que mon visage fut pris d’un terrible rougissement ! Je sentais les gouttes de transpiration perler sous ma chemise. Je devais avoir l’air vraiment ridicule mais cela ne semblait pas l’affecter. Elle continuait de me regarder avec son sourire angélique. Je me dis alors qu’il fallait absolument que je lui parle de la photo trouvée dans les toilettes mais je n’arrivais pas à articuler convenablement. Je devenais de plus en plus rouge. Mes yeux se tournaient irrémédiablement vers ses seins. Je n’arrivais pas à lutter contre cet instinct primaire qui pourtant ne me ressemblait pas. Plus rien ne semblait exister autour de nous. Nous étions seuls ! Je me mis à fouiller dans la poche de ma veste. Une chose froide et dure se fit sentir dans la poche intérieure gauche. Je réfléchis !

Mon Ipod ?

Mon téléphone ?

Mon pad ?

Je saisis l’objet de ma main droite. Un revolver ! Qu’est-ce que ce revolver faisait dans ma poche ? Je n’avais jamais tenu d’arme et, mieux encore, j’étais contre les armes à feu ! Cependant mon bras se leva et pointa l’arme vers Anne. Je n’arrivais pas à lutter. Mon doigt pressa sur la détente et le coup partit. Le corps d’Anne s’affala sur le plancher sans émettre un seul son.

Un cri de terreur se fit entendre dans la pièce. Je me rendis alors compte que nous n’étions absolument pas seuls et que des dizaines de regards étaient braqués sur moi à cet instant. Je m’aperçus que je tenais un revolver. Que s’était-il passé ? Je ne me souvenais de rien. Je n’étais pas un criminel. Cela ne pouvait pas être moi qui avait abattu à bout portant cette jeune femme sensuelle. Les flashs interrompirent ma réflexion. Des journalistes présents dans l’assemblée s’étaient précipités sur leurs appareils afin d’immortaliser cet instant. Je me sentis blêmir. Je vis Oscar du coin de l’œil. Lui aussi ne semblait pas être dans son assiette. Un homme qui se disait médecin approcha du corps mais il était trop tard. Ma balle avait atteint le cœur provoquant une mort instantanée. J’entendais les sirènes de la Police au loin.

Ils n’avaient pas traîné.

Ils devaient être à l’autre bout du boulevard.

Ils venaient pour m’arrêter.

Je ne savais pas quoi faire. Je lâchai l’arme. Le bruit qu’elle fit en s’écrasant sur le sol me fit penser aux cliquetis des menottes qu’on allait bientôt m’imposer. Je me sentais de plus en plus mortifié par les événements. J’empoignai l’arme, la dirigeai vers ma tempe, comptai jusqu’à 3 et je tirai sans regret, sans aucune arrière pensée !

La mort ! Quel soulagement ! Quelle échappatoire ! Enfin la mort ….

1 lecteur(s) passionné(s) ont répondu:

Suny a dit…

waw... surprenante la chute!
très sympa (malgré le glauque ^^)

je lirai la suite peau à peu, le noir ça me pine les yeux ;)